Il est peu probable que l’on s’oppose aux installations solaires en bordure des autoroutes. Par manque d’incitations, les projets de ce type ne trouvent pourtant pas d’investisseur. Image : TNC Consulting

Potentiels d’énergie solaire : le potentiel des toits des maisons individuelles peut être rentabilisé grâce à la consommation propre, l’incitation pour les installations à faible taux d’auto-consommation est insuffisante. Image : Meteotest

Comme seules les installations PV autorisant une part importante de consommation propre sont rentables actuellement, beaucoup de projets ne couvrent qu’une partie des surfaces de toiture. Image : Photo : Helion

Installation PV en altitude sur le barrage du lac Albigna (2165 mètres). Les installations de ce type recèlent un potentiel important. Mais des obstacles d’aménagement du territoire restent à franchir. Image : reech

Congrès photovoltaïque 2021 : Big Solar - réussir le développement

(CP) 34 TWh d’énergie solaire à l’horizon 2050 : voici la vision cible des Perspectives énergétiques 2050+ de la Confédération. Pour l’atteindre, il faut un ajout massif d’installations photovoltaïques. Quelles sont les incitations nécessaires ? Et quelles solutions adopter pour intégrer efficacement la production décentralisée au réseau ? Ces questions figureront parmi les thèmes discutés le 1er et le 2 juillet 2021 pendant le Congrès photovoltaïque à Berne. (Text auf Deutsch >>)


Le photovoltaïque (PV) a résisté à la crise de la COVID en 2020 : bien qu’il n’ait pas encore les chiffres du marché exacts pour l’année passée, le secteur attend un nombre record de nouveaux systèmes PV installés, et estime la puissance ajoutée à plus de 400 MW. Or, malgré ce nouveau record, la Suisse est encore loin de la trajectoire visée par les Perspectives énergétiques 2050+. Pour y parvenir, elle doit passer à un ajout de 1500 MW au cours des prochaines années.

Revoir les incitations
À court et à moyen terme, une production d’électricité solaire de 25 TWh sur les toits suisses et d’environ 8 TWh sur les façades paraît réaliste à Swissolar. Ventilés par taille des systèmes, 23 % de la production seront assurés par les petites installations sur des maisons individuelles. Grâce à la rétribution unique et une consommation propre optimisée, ces systèmes sont d’ores et déjà rentables. 61 % du potentiel total en toiture se situent sur les immeubles d’habitation, les bâtiments commerciaux et industriels, ainsi que sur les bâtiments à usage mixte, alors que 12 % résident dans l’agriculture. Le problème d’un grand nombre de ces surfaces PV potentielles est que le bâtiment ne peut pas consommer lui-même son électricité produite, ou seulement une petite partie. Beaucoup ne tirent donc pas parti du potentiel total de leur toit pour augmenter la part de consommation propre et ainsi la rentabilité. Ou alors, ils renoncent systématiquement au PV. Swissolar exige donc un tarif de reprise minimal pour les installations à consommation propre faible ou nulle. Selon l’association, c’est le seul moyen pour se rapprocher le plus possible du développement visé par les Perspectives énergétiques 2050+.

Voir plus loin que les toits et façades
Le potentiel des toits doit être renforcé par celui d’autres surfaces, par exemple d’infrastructures comme les places de parking ou les usines d’épuration des eaux. Citons notamment les toits solaires pliants novateurs qui fournissent de l’ombre aux parkings ou bassins d’épuration tout en produisant de l’énergie. Ils s’escamotent en cas de neige ou de vent, ce qui permet de réduire élégamment les charges auxquels ces toits doivent résister. Une fois le beau temps revenu, ils peuvent reprendre leur production sans être restreints par la neige.

Surmonter des obstacles liés à l’aménagement du territoire

Les systèmes solaires sur les infrastructures en montagne sont intéressants pour la production d’électricité hivernale. Mais comme les barrages ou murs anti-avalanches se situent en-dehors des zones à bâtir, il s’agit de surmonter des obstacles liés à l’aménagement du territoire. Pour ces installations, il faut prouver qu’elles sont imposées par leur destination. Or, ce critère laisse une certaine marge d’interprétation et crée donc de grandes incertitudes au niveau de la planification. Quant aux installations en bordure des autoroutes, elles ne sont guère contestées du point de vue de l’aménagement du territoire. Pourtant, les investisseurs se montrent réticents. Comme elles n’ont pas de consommation propre, elles ne sont pas rentables, à l’instar de la plupart des systèmes montés sur des bâtiments à faible autoconsommation.

Lisser les pointes, mais comment ?
Si l’ajout massif de PV réussit, de nouvelles questions se posent. L’injection au réseau fait l’objet de nombreuses discussions. Nos réseaux de distribution sont-ils capables d’absorber autant d’électricité solaire ? « Le pourcentage actuel d’environ 4 % d’électricité solaire ne pose aucun problème aux réseaux », assure Samuel Beer, COO, Helion. Au contraire : la production décentralisée réduit la charge du réseau, car le courant est généré à proximité des consommateurs. Mais un peak-shaving pourrait s’avérer nécessaire pour un tiers de la production totale d’électricité solaire. Une possibilité – réclamée par l’association Smart Grid Schweiz (VSGS) – serait de restreindre la puissance d’injection maximale. « Dans l’espace d’une année, les systèmes PV n’atteignent leur puissance maximale que durant quelques heures, notamment en été, lorsque l’offre est excédentaire de toute façon », explique Andreas Beer, de la VSGS. Si l’onduleur est régulé à 70% de la puissance maximale, 1 % ou 2 % de la production sont perdus seulement. Une réduction de 50 % entraîne une perte de 10 %. « Si l’on limitait l’injection au réseau à 50 % de la puissance maximale, on pourrait intégrer des capacités de production supplémentaires au réseau tout en gardant sa dimension actuelle et obtenir presque le double du rendement électrique total », ajoute Andreas Beer.

Inciter aux charges flexibles
Une autre approche consiste à orienter la consommation des charges flexibles comme les entrepôts frigorifiques ou les pompes à chaleur plus systématiquement sur la production PV. En outre, des batteries intégrées au réseau pourraient servir de stockage à court terme et aider à lisser les pointes. « Actuellement, la mise à disposition de solutions flexibles n’est pas profitable », déclare Samuel Beer. La tarification rigide du réseau constitue elle aussi un obstacle. En opérant sa pompe à chaleur pendant les heures de production solaire, on paie des redevances pour son courant à tous les sept niveaux du réseau, bien que l’électricité solaire locale ne soit distribuée qu’au plus bas niveau. « Si nous passons à une tarification selon le principe du consommateur payeur – en tenant compte des sites des centrales électriques et des consommateurs –, l’acheminement de charges flexibles en fonction de l’état du réseau devient profitable », souligne Samuel Beer. Techniquement, cela est déjà possible sans aucun problème. Le stockage d’électricité au niveau de quartiers ou les marchés électriques locaux pourraient alors se rentabiliser.

En vue de la prochaine révision de la loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEI), l’OFEN est donc en train d’élaborer des solutions permettant une tarification du réseau plus flexible et plus évolutive. Si les tarifs fixés selon le principe du consommateur payeur parviennent à s’imposer, l’énergie solaire réussira : moins de subventions et un gain de marché.

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19e Congrès photovoltaïque national
Début juillet, le secteur solaire se retrouvera au 19e Congrès photovoltaïque national, organisé par Swissolar en collaboration avec l’Association des entreprises électriques suisses (AES) et SuisseEnergie. La question centrale sera de savoir comment réaliser l’objectif des Perspectives énergétiques 2050+ en développant le photovoltaïque pour atteindre 50 GW. Parmi les thèmes traités figureront aussi les développements récents dans la recherche, le stockage et l’exploitation de l’énergie solaire intégrée au bâtiment.

> Date :1er et 2 juillet 2021
> Localité :Kursaal Bern, ou bien dans un espace virtuel selon la situation pandémique
> Information et inscription : www.congres-pv.ch

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Texte : Irene Bättig sur mandat de Swissolar

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